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FORMATIONS EN CONSTELLATIONS : DECRYPTAGE

vendredi 9 octobre 2020

Prétextant d’une nécessité de réformer les dispositifs de formation en mettant l’accent sur la formation par les pairs, ce sont les orientations du ministre qui structurent ce plan.

Formatage des enseignant.es

Après les mathématiques, l’accent est mis ici sur le français, renforçant le poids des fondamentaux. Les évaluations nationales standardisées sont mises au cœur du dispositif. Les références théoriques et didactiques, citées en fin du guide, opèrent un tri partial dans les savoirs sur l’école. La mise sous tutelle hiérarchique des enseignant-es comme des formateurs-trices, est affirmée.

La constellation, c’est 30h de formation spécifique en français et 30h en maths pour tous les enseignant.es.

Les principes affichés

Chaque année, entre un certain nombre de professeurs "bénéficient" d’une formation intensive en français ou en maths. La formation comprend une part significative d’accompagnement en classe ou d’observations croisées. Le travail se fait en constellations, c’est-à-dire en groupes de travail constitués de six à huit professeurs, et définis pour toute la durée de la formation. La constitution du groupe variera : elle peut porter sur une école, un cycle, plusieurs écoles.

Sur quel temps ?

30h sur une année scolaire soit les 18h d’animations pédagogique et 12h sur le temps de classe

Le SNUipp-FSU exige que les collègues puissent choisir les animations pédagogiques en fonction de leurs contenus. Nous continuons de dénoncer les formations imposées. Par ailleurs, nous demandons que les collègues ne se voient pas imposer du temps supplémentaire de travail en dehors des 30h imparties.

L’IEN peut-il imposer à un-e collègue d’intégrer une constellation ?

Le projet impose « d’offrir à tous les professeurs des écoles 5 jours de formation en mathématiques et 5 jours en français, tous les 6 ans ».

Donc OUI, sur la base de l’article L 912-1-2 du code de l’éducation, “la formation continue est obligatoire pour chaque enseignant”

Avec ce plan, les constellations sont formées sous la responsabilité de l’IEN. Les enseignant-es peuvent donc de fait être désigné.es autoritairement. Le SNUipp-FSU exige que les collègues qui s’inscrivent dans cette formation soient volontaires. Nous rappelons à notre administration qu’une formation imposée n’a d’intérêt pour personne. Une formation imposée a bien moins de chance d’être productive qu’une formation choisie, et l’appel à volontaires peut créer une dynamique plus favorable.

Les collègues peuvent-ils refuser la visite du-de la CPC ?

NON, d’une part ces visites sont incluses dans le schéma de formation et d’autre part l’article 23 du Décret n°90-680 du 1 août 1990 relatif au statut particulier des PE institue : “Tout professeur des écoles bénéficie d’un accompagnement continu dans son parcours professionnel.Individuel ou collectif, cet accompagnement répond à une demande des personnels ou à une initiative de l’administration”.

Par contre, le guide “plan français” rappelle quasiment à toutes les pages que le CPC-référent est un “pair”. Il indique : “le CPC-référent français n’évalue pas le travail réalisé”, plus loin “Lorsque le CPC-référent français est en classe avec un professeur, il se positionne en « pair-expert », testant avec le professeur qui fait classe ... ; il peut co-intervenir, ou prendre en charge la leçon pour permettre à l’enseignant de la classe d’observer”.

De plus, si des rapports d’étape du dispositif sont à la charge du-de la CPC référent.e, il ne doit y avoir aucune trace de rapports de visite. Le SNUipp-FSU réaffirme que le/la CPC est avant tout un PE mais dénonce la nouvelle charge de travail imposée aux CPC. Le travail pédagogique avec les collègues est le cœur de leur métier. Si elles.ils s’engagent dans ces constellations, leurs autres tâches doivent être allégées. Dès le printemps, le SNUipp-FSU avait demandé au ministère de centrer le travail des CPC sur l’accompagnement des enseignants lors de cette rentrée hors norme.

Le 30 avril dernier, le SNUipp, le SGEN, le SE et l’ANCP (Association Nationale des Conseillers Pédagogiques et autres formateurs) adressaient une lettre ouverte commune au ministre. Ils y demandaient que la priorité soit donnée à l’accompagnement des équipes d’école pour construire une rentrée hors norme et l’abandon des plans de formation prévus avant la crise sanitaire.

Lors de cette formation l’administration peut-elle imposer une méthode pédagogique ?

Même si le guide “plan français” ne cache pas ses intentions de mise en place d’un prêt à instruire, la liberté pédagogique des enseignant-es reste pleine et entière.

Le guide énonce que « Le choix du thème de travail est déterminé par décision collégiale des professeurs et s’appuie sur les besoins (des élèves, des professeurs, de l’institution) et des attentes. » Par ailleurs, le « Guide pour le Plan français » insiste sur le rôle d’acteurs-trices des enseignant-es concerné-es, en indiquant notamment « il [le Plan français] rend les professeurs pleinement acteurs de leur formation en les associant à la définition des thématiques et des modalités de travail. Il reconnaît ainsi leur professionnalité, promeut leur réflexion collégiale et les responsabilise dans la dynamique de formation », ou encore « Le professeur, de son côté, est totalement acteur de sa formation, au cours de laquelle il construit avec ses collègues une expérience, des réflexions et des gestes professionnels à partager… ». Les collègues d’une constellation peuvent s’appuyer sur cette dimension pour définir collectivement leurs objets de travail. Le SNUipp-FSU appelle les collègues qui sont volontaires pour participer à ces formations à réaffirmer leur professionnalisme en choisissant les thèmes de réflexion et en s’opposant ainsi à la politique éducative de Blanquer qui vise à formater les enseignements.

Quelles conséquences pour les collègues à temps partiel ?

Si le volume de formation est de 5 jours (30h), la quotité de travail à temps partiel s’applique sur l’ensemble des items des obligations réglementaires de service. Il appartiendra donc aux IEN de définir les modalités de formation dans le respect du temps de travail de chaque enseignant-e.

En effet, la circulaire 2014-116 stipule que le calcul du service annuel de cent-huit heures est effectué au prorata de la quotité de temps partiel et que les différentes activités sont proratisées à due proportion.

Exemple : il n’est pas possible d’imposer 18h d’animation pédagogique à un-e collègue qui en doit 9 parce qu’il-elle travaille à ½ temps.

La formation peut-elle se dérouler sur le temps de vacances ?

Si cette option apparaît dans le courrier de la DGESCO, au regard des textes, elle est inenvisageable pour l’année scolaire 2020-2021. En effet, le décret 2019-935 qui traite de la formation continue durant les vacances scolaires impose que la programmation de celle-ci soit présentée pour avis en CTA et annoncée au personnel en “début d’année scolaire”.

Peut-on récupérer le temps de RIS sur le temps de formation "constellations” ?

Oui, la circulaire n° 2014-120 du 16-9-2014 reste en vigueur : “Dans le cadre de la réorganisation des obligations réglementaires de service des enseignants du premier degré, si les RIS ont vocation à s’imputer sur l’enveloppe des 108 heures consacrées par les enseignants à des activités autres que d’enseignement, il convient de concilier le souci d’assurer la continuité de la prise en charge des élèves avec le droit à l’information syndicale en veillant à préserver le temps consacré aux activités pédagogiques complémentaires (APC).”

Ainsi, aucune restriction n’est apportée par cette circulaire quant aux modalités de récupération des heures de RIS. Par conséquent, si les constellations sont prises sur le volume de 18h d’animations pédagogiques, alors les heures de RIS peuvent bien évidemment être déduites sur ce temps.

Même si l’administration tente d’imposer la concomitance entre les RIS et les animations pédagogiques, la circulaire en vigueur ne l’impose en rien. Celle-ci indique que “les RIS ont vocation à s’imputer sur l’enveloppe des 108 heures”. Sur la base de la définition du verbe “imputer” : “porter une somme comme déduction à faire sur quelque chose“, il s’agit bien de compenser la participation à une RIS en la déduisant d’un temps d’animation pédagogique par exemple, même ne se déroulant pas concomitamment. De plus, la circulaire 2014-120 impose que les RIS : “doivent être regroupées dans le cadre d’une ou plusieurs circonscriptions d’un même département.” Ce qui est antinomique d’une exigence de concomitance.

Textes de référence :

- Le guide plan français édité par le MEN

- Courrier DGESCO 2020-004 (pages 35-36 du guide plan français MEN)
- Décret n° 2019-935 du 6 septembre 2019 portant création d’une allocation de formation aux personnels enseignants relevant de l’éducation nationale dans le cadre de formations suivies pendant les périodes de vacance des classes
- Circulaire n° 2014-116 du 3-9-2014 Travail à temps partiel des personnels enseignants du premier degré exerçant dans les écoles

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