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DE LA MORALE LAÏQUE A L’ETHIQUE... LES ENSEIGNANTS SONT-ILS DE BONS ELEVES ?

mardi 18 septembre 2012

Spinoza, dans la préface de son Traité des autorités théologiques et politiques , écrivait : « Je demande à la foule ignorante et superstitieuse de ne pas lire mon livre »...

Comme si cette citation rappelait à l’Homme la nécessité d’adopter en permanence une conduite « raisonnée » et éclairée, pour qu’il tire des leçons de son Histoire et arrive à en faire changer le cours, puisque c’est là que réside l’essentiel de son existence...

Qu’est ce qu’un bon élève ? Un élève qui travaille bien. Un élève qui comprend vite. Un élève qui écoute. Un élève qui ne fait pas de vague. Un élève qui répond finalement aux attentes de l’adulte, et qui sait même aller au devant de celles-ci... Un bon élève n’est-il pas aussi celui qui sait aider les autres, qui sait se montrer curieux ? Mais si bien sûr ! Pourtant, curiosité est parfois synonyme d’impertinence, et critique ou remise en question apparaissent parfois dans notre société comme des valeurs incompatibles avec le respect de l’autre.

Dans notre métier, on entend souvent résonner : « parce qu’il faut le faire », « parce que c’est obligatoire »... comme si une voix orchidoclaste* nous dictait la bonne conduite... Telle est la tournure prise par les réformes infligées ces dernières années.

  • Effectuer les heures d’aides individualisées hors temps scolaire « sans distinguer les difficultés légères des difficultés lourdes »**, et marquer ainsi les prémices de la disparition des RASED.
  • Remplir les LPC même si cela s’avère « inutilement complexe »**.
  • Assurer les stages de remises à niveau, payés en heures supplémentaires grattées sur la mince enveloppe budgétaire allouée pour le recrutement des enseignants, alors qu’on ne peut soit-disant pas payer les enseignants comme il se doit. Pourtant « il serait digne de les payer mieux si nous en avions les moyens, et lorsque nous les aurons, nous le ferons. »**
  • Faire passer les évaluations CE1 et CM2, moyennant une prime de 400 euros, alors que celles-ci se sont avérées obsolètes et inefficaces. Il faut « mettre fin à la confusion et la manipulation »… Les évaluations « doivent aider au progrès pédagogique des élèves et ne peuvent servir à la communication gouvernementale et à des statistiques erronées »**
  • Emarger des listes de grévistes, pourtant interdites par le Conseil National de la Résistance depuis qu’elles avaient été utilisées sous Pétain pour la déportation.
  • Se rendre à des animations pédagogiques dites obligatoires. Le seul caractère obligatoire réside pour l’employeur dans la nécessité d’offrir du temps de formation à ses salariés …

Bref, l’idée n’est pas de relater une liste de tous les travers. D’abord, parce qu’elle serait trop longue. Ensuite, parce qu’ils ont déjà été maintes fois dénoncés. Enfin, parce que la profession est censée être déjà largement consciente des répercussions de ces travers sur les conditions d’exercice de son métier.

Ainsi, en nous vendant un peu de rêve (chouette, on va nous supprimer le samedi matin, chouette je vais toucher une prime de 400 €...), la dégradation de notre Ecole a pu se faire en toute impunité.

Même si le bon enseignant finalement se contente de peu (lui qui est pourtant tant désireux de bien faire ) – mais oui l’enseignant exerce ce métier par vocation, « les gens qui choisissent ce métier ne le choisissent pas d’abord pour l’argent »** – il ne peut tout de même pas se contenter de rien. Un enseignant ne peut se gratifier d’avoir réussi à sortir un élève de la misère en exerçant dans de telles conditions d’enseignement. Pourquoi la normalité résiderait-elle dans un sempiternel besoin de « prouver » aux autres que l’on y arrive seul ? Et d’adhérer – même à son insu – à cette société du mérite ? Parce qu’au bout... il y a toujours la honte de l’échec. Il n’y a pas de place pour l’échec dans une société individualiste, il n’y a pas de place pour le respect puisqu’il n’y a pas de place pour l’autre.

Il est temps d’unir nos forces de réflexion, et d’avancer. Retrouvons notre autonomie de pensée quant aux injonctions hiérarchiques et réinstaurons le travail en équipes. La culture de l’obéissance et celle du résultat ne doivent pas prendre le dessus sur l’entraide, la fiabilité, l’humilité.

Soyons vigilants, il est grand temps de s’emparer du débat sur la refondation de l’Ecole « avec un grand E. »** Comme l’on est censé l’apprendre à nos élèves, il faut penser collectif et savoir fonctionner en groupe-classe (sociale). Monsieur PEILLON ne va pas pouvoir le faire tout seul. L’heure est plus que jamais à la mobilisation collective. Un ami m’a appris que « seul le grand nombre conscient de son rôle révolutionnaire est en capacité de bouger le cours de l’Histoire ». Etudier l’Histoire doit nous permettre de comprendre le monde dans lequel nous vivons. Sachons tirer des bons enseignements de notre Histoire.

Au lieu de patauger à juger du bien ou du mal d’une réforme (est-ce que l’école à 4 jours ½ c’est bien ou mal ?), raisonnons sur ce qui est réellement bon pour les enfants. Non pas jouer sur les mots, mais s’interroger véritablement sur les maux qui constituent un problème de fond – et de taille – dans l’Éducation Nationale. Saisissons-nous de cette grande question des rythmes scolaires – qui interroge au delà des simples créneaux horaires – en faisant entendre haut et fort nos revendications... Réfléchir aux conséquences de nos agissements, placer l’élève au cœur du débat... Tout reste à faire.

Prenons conscience qu’au-delà de chacune de nos petites circonscriptions... il y a le monde ! Sans quoi, ne soyons pas surpris qu’un jour ou l’autre, « lorsque l’on restaurera l’esclavage », certains seront là pour « négocier le poids des chaînes... »***

Et puisqu’il faut « donner aux enseignants les moyens de travailler ensemble »**, saisissons les opportunités qui existent pour débattre – Réunions d’Informations Syndicales, Université d’Automne du SNUipp-FSU – pour réaffirmer ensemble les missions de notre Ecole, lui assurer un avenir émancipé et réhabiliter ses valeurs humanistes. Et pour s’impliquer et faire exister ces débats, se syndiquer peut constituer une première pierre apportée à l’édifice.

Magalie MARTINEZ

* orchidoclaste : néologisme qui vient du grec orchis (testicule) et klaô (briser).

** propos de Vincent PEILLON

*** Susan GEORGE, présidente d’honneur d’ATTAC

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